Il a préparé ses fiches, synthétique, précis. Sourire poli et œil pétillant d’intelligence, Felipe Rugeles a posé une antisèche à côté de son téléphone : une feuille avec quelques mots clés, certains soulignés en rouge. Pas parce qu’il craint l’exercice de l’interview, pourtant nouveau pour lui, plutôt parce que parler de son métier, c’est l’occasion rêvée pour ce jeune homme de 27 ans de partager sa passion. D’en expliquer les contours, d’en donner une idée précise, de faire réfléchir et aussi un peu rêver. Data Scientist : et si derrière ce nom mystérieux se cachait la profession du futur ?

Pour Felipe, l’histoire commence en 2010. Il a vingt ans, le bel âge, et s’apprête à quitter sa Colombie natale pour suivre des études dans une grande école française. Ce sera Télécom Bretagne, dont il sort au bout de deux ans avec un double diplôme – électronique et télécommunications. Mais Felipe ne s’arrête pas là : il entame une thèse en entreprise. Car derrière son air de poète, cheveux corbeau peignés en arrière et sourire pensif, Felipe aime le concret. Il a besoin de voir les résultats de son travail. « Je ne vais pas inventer un nouvel algorithme sans savoir s’il va servir et à qui : en entreprise, nous, les chercheurs, nous sommes là pour répondre à une demande précise ». C’est ce qui plait à Felipe : la recherche, mais opérationnelle. La science, mais appliquée. Cela explique sans doute la suite de son parcours : après sa thèse en acoustique, brillamment soutenue au bout de trois ans, il se porte candidat à des postes de Data Scientist.

Data Scientist, l’expression recouvre deux domaines pleins de promesses : les données en accès sur le Big Data, ce qu’on appelle souvent l’or noir du XXIème siècle. Et la science appliquée. Car si ces données sont la plus grande richesse de demain, encore faut-il savoir les exploiter… Là intervient le scientifique, un scientifique aux multiples compétences, qui doit savoir « mettre les mains dans les algorithmes », trier, décoder, à la fois proactif et multitâche… Ce scientifique, Felipe en est sûr : c’est lui !

Difficile d’en convaincre les recruteurs. « J’avais des compétences en mathématiques, en statistiques, en informatique. Mais je n’étais pas Data Scientist ». Quelques CV plus tard, Felipe est embauché par AXA. « Je savais que j’avais des compétences transposables pour faire le metier de Data Scientist. Chez AXA, ils m’ont fait confiance ».
Et comment le sait-il ? D’abord, son parcours. Sa thèse en acoustique est un travail sur l’audio spatialisé. « J’ai développé des algorithmes qui isolent les caractéristiques propres à chaque individu pour entendre des sons en trois dimensions ». Isoler les données : le propre du Data Scientist. Ensuite, parce que le chercheur a le sens de la science. Felipe l’a compris : la Data Science, c’est l’avenir, un champ plus divers et plus vaste que tous les autres.

AXA aussi l’a compris. Loin de se reposer sur ses lauriers et son image de marque statutaire, l’entreprise innove sans cesse. L’idée ? Faire émerger de nouveaux métiers, de nouveaux talents.
Le Big Data est un creuset inépuisable de connaissance des clients à condition de savoir l’exploiter. Alors, en équipe avec des actuaires, Felipe et ses pairs, qui sont de plus en plus nombreux dans l’entreprise, créent des algorithmes pour que le flux d’informations disponibles sur le web devienne un ensemble sensé, utile.

« Je travaille sur des bases de données, sur des variables, je tente de comprendre ce que les actuaires modélisent », explique le scientifique. Son quotidien, c’est avant tout de se mettre au service des équipes, de répondre à des besoins concrets.
Le Data Scientist doit faire preuve d'ingéniosité pour conceptualiser les besoins des métiers, d’inventivité pour choisir et regrouper les données les plus pertinentes, et de disponibilité pour répondre à toutes les demandes de son équipe.
« Accompagner, voire créer le changement, automatiser les processus, les analyses, et surtout aider les gens avec les problèmes qu’ils ont au jour le jour ». Felipe a mis le pied dans le monde de l’assurance « très différent du sien ». Une richesse supplémentaire : il faut désormais, pour le scientifique, découvrir, voire prévenir les besoins des actuaires, et y répondre… Un peu de science fiction et beaucoup d’opérationnel : Data Scientist, cela demande une plasticité, une imagination que Felipe ne cesse d’affuter.

Alors, comment envisager de quitter ce métier en mouvement, où il faut sans cesse se réinventer ? Et comment envisager de quitter l’entreprise qui lui en a ouvert les portes ? « Je croise des collègues qui vont au Mexique ou qui arrivent de Corée du Sud », affirme le jeune homme. L’avantage d’une entreprise comme AXA, c’est aussi qu’elle est un peu partout : ça fait rêver »…

Une chose est sûre : l’avenir appartient aux Data Scientists !